La presse p(a)resseuse

En kiosque cette semaine, vous trouverez la nouvelle formule de ELLE.

Après les pages de publicités désormais incontournables, Chloé, Prada Chanel..vient l’édito. (Contrairement à l’avis de beaucoup de lectrices, j’apprécie ce flux de publicités de grandes marques dans les premières pages des magazines. Ces publicités sont souvent très belles, artistiques, pensées et élaborées par de grands photographes. Je le précise car souvent, c’est le tout premier reproche qu’on adresse aux magazines)

Valérie Toranian, directrice de la rédaction, nous dit: « ELLE se réinvente: des nouvelles pages, un nouveau souffle (…)« . Ouhh, je sens que Valoche va nous balancer des mots clefs: ça n’a pas manqué ! « l’air du temps » (+1), « expérience digitale » (+15, ça fait bien « expérience digitale »).

Je sors mon Kleenex à la menthe car: « ELLE n’est pas un journal. C’est une histoire entre vous et nous (…)« , « ELLE n’est pas un magazine, c’est un bel objet. » Je crois que Val’ a trop fumé du poney. On finit par un lyrique « ELLE change parce que les femmes changent. » qui fait drôlement penser à la publicité L’Oréal pour Elnett’. Bref j’en pleure toutes les larmes (que j’essuie tout de suite avec mon pull The Kooples en me remettant de l’anti cernes MAC. Non mais oh, un peu de tenue!), j’ouvre la fenêtre, je respire un bon coup et je crie « ENCORE PLUS ELLE! »

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Tout de même, ouvrons ce « bel objet » à 1,50€. Un jeu de police, « hop je souligne un titre, hop je mets en police le troisième mot, ça fait vivant » et des pages qui font vaguement rappeler à des powerpoint bien léchés de consultants. Et puis, un contenu très original à base de Femen, de récap’ fashion week, de sexisme aux Césars avec trois pauvres graphiques. Ah! Un article sur les manteaux imprimés et la claquette! Oh! Une interview d’Inès de la Fressange! Ca se sent qu’ils ont beaucoup réfléchi et qu’ils ont voulu révolutionner le magazine. 

Allez je suis dure, j’aime beaucoup feuilleter le ELLE, et puis il y’a une chronique de Nicolas Bedos et une écriture sympa de bonne copine. Je tenais seulement à dire que la nouvelle formule manque d’originalité, d’identité, de risque.

Cela étant dit, j’achète beaucoup moins de magazines féminins. Pour une seule et bonne raison: j’ai de plus en plus l’impression d’y lire du vide. De tourner les pages, comme un zombie, à la recherche d’un article original ou d’une photo inspirante.

Deux articles que j’ai lus récemment font écho à ma désolation. Je vous invite à les parcourir. Le premier est un vieux article de Stratégies.fr.

1. Patrons de presse: sont-ils vraiment nuls ?

L’article met en lumière l’ouvrage de Jean Stern Les patrons de presse nationale: tous mauvais : Jean Stern nous parle de journalistes managers, de financiarisation de la presse, les titres étant rachetés un à un par de grands groupes industriels. La priorité au contenu n’est plus qu’un mythe, le média serait un outil de pouvoir au service de ces gros patrons. Enfin, il montre du doigt une relation diabolique: le secteur du luxe est à la fois propriétaire de journaux ET annonceur.

« Ils se concentrent tous sur des suppléments magazines conçus comme des supports de publicité pour les marques de luxe (…) je mets au défi de distinguer une page d’Obsession, de Next ou du Monde magazine. »

Voilà une explication de cette homogénéisation et de cette perte d’identité.

Un deuxième article intéressant est celui des Inrocks.fr qui fait écho à l’entretien d’avant.

2. Les magazines sont devenus des magasins

Focus sur la presse féminine.

Isabelle Chazot évoque les lectrices zapping « qui passent indifféremment d’un titre à l’autre » car les journaux sont INTERCHANGEABLES. Les annonceurs ont la priorité et on assiste au règne du marketing qui dicte le contenu aux journalistes. Souvent, les articles sont des « copier coller » de communiqués de presse élaborés par les différentes marques.

Alors on va sur les blogs? D’autres problématiques touchent également cette activité: la professionnalisation des blogueurs, la perte d’authenticité qui va de pair avec l’augmentation des vues, les blogueurs qui déguisent une publicité en coup de coeur … Ce sera pour un autre article !

Pour finir sur une note joyeuse, je vous invite à voir le documentaire Diana Vreeland: The Eye has to travel. Le film raconte le parcours de la légendaire Diana Vreeland qui marqua le Harper’s Bazaar et le Vogue US entre les années 40 et 70.

PS: Vous l’avez compris, le but de ce post n’est pas d’énumérer toutes les causes qui expliquent le bouleversement de la presse aujourd’hui. L’objectif est d’évoquer ces deux articles web, et de partager de façon brève mon avis sur cette question qui, j’en suis consciente, est très complexe. 

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